Méditer en entreprise…

Cet article a été publié dans Les Echos.fr Le 13/03 à 15:16 https://www.lesechos.fr/

Méditer en entreprise : écran de fumée ou nécessité pour l’agilité de nos organisations ?

La pratique de la méditation se développe dans les entreprises. Est-ce un effet de mode auquel se conformer pour être de ceux qui prennent soin du bien-être de leur capital humain ? Ou cela répond-il à la nécessité pour les entreprises d’adapter les comportements et la posture de leurs collaborateurs à de nouveaux enjeux ?

Lors d’un voyage d’études à Stockholm, nous avons rencontré des entreprises* favorisant des modes de fonctionnement très innovants, tels que des équipes auto-organisées ou la suppression des fonctions managériales. Elles ont en commun d’avoir mis en oeuvre des programmes de méditation pour leurs salariés. De même, en France, un nombre toujours plus important d’entreprises la proposent à leurs employés.

Peu de secteurs économiques échappent à la réalité suivante : Internet bouleverse les usages et les attentes des clients ; des acteurs nouveaux et puissants – financièrement ou par leur impact technologique – peuvent émerger en très peu de temps et changer la donne ; les générations Y et Z ont un rapport au travail et à l’entreprise très différent de leurs prédécesseurs, à la recherche de sens, de cohérence et de développement professionnel.

L’entreprise doit donc se réinventer, faire évoluer son modèle économique et son modèle managérial pour créer de la valeur dans son écosystème dans un monde VUCA (acronyme anglais dont la traduction française signifie : volatile, incertain, complexe et ambigu). Le modèle pyramidal, en cours depuis des décennies, est bien trop rigide et laisse désormais la place à de nouvelles formes d’organisations plus souples et vivantes, capables de se reconfigurer dès que nécessaire pour répondre à l’évolution des enjeux internes et externes. “C’est une question de survie”, disait le dirigeant exécutif d’une société de télécom, en ouverture d’un séminaire sur l’agilité.

Ainsi, l’agilité organisationnelle est devenue incontournable. La plupart des démarches de changement agiles se concentrent sur la structure et l’outillage (SAFE, SCRUM, Holacracy, par exemple). Or, le recul sur les multiples démarches de changement initiées ces dernières années montre que, pour réussir, de telles initiatives doivent conjuguer trois niveaux : la structure, la culture, et l’individu. En effet, les résultats obtenus seront à la hauteur des attentes uniquement si les comportements basculent du “faire agile” au “être agile”.

Ce dernier registre est le moins facile à aborder, car il concerne le changement de nos croyances et de nos comportements et impacte directement nos émotions. Frédéric Laloux (auteur du livre à succès Reinventing organizations) recommande** même aux dirigeants qui ne veulent aborder un changement que sous l’angle organisationnel, sans être prêt à considérer leurs croyances et à dépasser leurs limites… de ne pas s’y engager, au risque d’avoir un résultat décevant et d’être un facteur de blocage au changement.

En quoi la méditation peut-elle aider les personnes à être agiles ?

Il existe plusieurs approches de la méditation. Nous faisons ici référence à la forme laïque proposée par Jon Kabat-Zinn (professeur à la faculté de médecine de l’Université du Massachusetts et fondateur du Center for Mindfulness in Medicine, Health Care and Society), popularisée en France grâce aux travaux de Christophe André et aux formations MBSR (Mindful Bases Stress Reduction), dont celles proposées par Soizic Michelot.

Ainsi, pour Christophe André, la pleine conscience “consiste à être présent à l’expérience du moment que nous sommes en train de vivre, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne cherche pas si c’est bien ou mal, désirable ou non) et sans attente (on ne souhaite pas que quelque chose de précis se passe).

Paradoxalement, il se passe beaucoup de choses lors de ces moments où l’on ne recherche rien en particulier. Bien difficile à définir, cet état méditatif ressemble à une forme de présence à soi, gratuite et bienveillante. Il n’y a rien à faire, juste à être. Et l’on s’aperçoit rapidement que faire le choix de cette expérience est exigeant, peu spectaculaire, mais qu’il apporte de précieux bénéfices.

Voici, parmi d’autres, quelques bénéfices possibles d’une pratique régulière de la méditation de pleine conscience. Par exemple, développer notre capacité d’observation de la réalité. Celui de notre vie intérieure (pensées, ressentis corporels ou émotionnels), mais aussi de ce qui se passe autour de soi, sans toutefois s’identifier à ce que nous observons. Ainsi un espace beaucoup plus large se crée pour s’ouvrir aux idées émises par les autres, ou pour contribuer positivement à un groupe de travail.

De même, cela apporte une sensation de quiétude et de sécurité. Le risque est alors moindre d’être aspiré par les problèmes que nous devons résoudre, mais de garder le recul pour avoir une vision globale, en donnant moins prise aux multiples sources de stress du quotidien de la vie professionnelle.

Enfin, cela apporte une plus grande capacité à choisir ses propres réactions, au lieu d’être en “pilote automatique” et de s’enfermer dans des mécanismes relationnels ou intellectuels inadaptés. Ce sont ces quelques instants qui changent tout lorsque nous nous donnons le temps de ne pas être dans une réaction immédiate, mais dans le choix de la réponse que nous voulons vraiment faire.

Lâcher-prise, sortir de sa zone de confort, apprendre de sa propre expérience, pratiquer l’exigence et la bienveillance, gérer la complexité : ces comportements agiles sont maintenant très recherchés pour affronter notre monde VUCA. Et ils sont difficiles à acquérir. La pratique de la méditation de pleine conscience peut y contribuer, si elle s’inscrit dans un rythme soutenu et régulier. Cela demande de la discipline, mais c’est une autre histoire !

* Netlight, Minds Unlimited, Tenant & Partner, ICA, Crisp
** Video en accès gratuit, Insights for the journey

WINOC DELEPLANQUE / Coach et facilitateur de l’agilité organisationnelle et relationnelle chez FABRIC